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Par Baudouin Galler , publié le 15/07/2008


«¡ Pura Vida !» : c'est le mantra du Costa Rica.
Ce petit paradis d'Amérique latine apparaît en effet comme un parangon d'écotourisme. Entre volcans majestueux, immenses plantations de café et hauts plateaux rafraîchis par les brumes.

Avec ses posters du King et de Marilyn, le décor du petit bar ne paie pas de mine. Planté au bord d'une route sinueuse des faubourgs d'Alajuela, deuxième ville du Costa Rica (185 000 habitants), El Pilon convainc pourtant Julio, notre guide à l'enthousiasme communicatif. Devant le zinc, une poignée d'habitués, bouteille de Pilsen en main. Deux heures après la première commande, Javier, serveur-chanteur-danseur flamboyant, rangera sa guitare, son épouse nous couvrira de petits cadeaux, le vieux Luis nous invitera à dîner chez lui et une bande de joyeux drilles lancera des « ¡ Pura Vida ! » à pleins poumons en guise d'adios... Bienvenue au Costa Rica !

Malgré un succès touristique exponentiel, ce petit bout de terre idyllique d'Amérique centrale conserve une fraîcheur et une hospitalité difficiles à égaler. Une bonne humeur générale favorisée par une situation socio-économique relativement florissante : au regard de celle de ses voisins salvadoriens, nicaraguayens et panaméens, la qualité de la vie des Ticos (le surnom qu'ils se donnent eux-mêmes) est en effet nettement meilleure. Plus de 80 % d'entre eux vivent au-dessus du seuil de pauvreté, le taux d'alphabétisation est proche de 100 % et la culture démocratique et pacifiste est telle que le pays ne possède pas d'armée. Mais la conjoncture n'explique pas tout : sans exagérer, le Costa Rica est un des plus beaux pays du monde. On y trouve des plages dignes de cartes postales, des volcans majestueux, de hauts plateaux rafraîchis par les brumes, une jungle sauvage et luxuriante, des centres urbains animés.

Confiné dans un mouchoir de poche à peine trois fois plus grand que la Wallonie, ce petit paradis terrestre tient à la fois des tropiques, de la pampa et de la Suisse. Cette diversité biotopique rare permet au Costa Rica d'abriter un nombre inouï d'espèces animales, dont près de... 900 variétés d'oiseaux ! Avec plus de 30 % de son territoire classé « zone protégée », le pays fait ainsi figure de parangon de l'écotourisme. Dès la fin des années 1970, bien avant que les « vacances responsables » deviennent un phénomène à la mode - que le Costa Rica a en partie contribué à façonner - le pays a compris que, s'il voulait devenir une destination touristique alléchante, il avait tout intérêt à préserver sa seule véritable richesse : la nature. Contrairement au Mexique ou au Guatemala, le Costa Rica possède peu de vestiges archéologiques et coloniaux. « Ici, tout ce qu'on a à vendre, ce sont des arbres et des grenouilles », plaisante à peine Christophe Marybrosse, agent de voyage chez Cactus Tour, société francophone spécialisée dans les voyages en Amérique centrale. Des arbres, des grenouilles, mais aussi une chaleur de vivre. Dont les meilleures vibrations traversent toute la Vallée centrale. Cette zone, écharpée de champs de café à perte de vue et de volcans, est en effet la plus peuplée du pays.

Nous atteignons Alajuela, au nord de la vallée. Située à moins de 5 kilomètres de l'aéroport international, cette ville permet de se confronter au Costa Rica urbain tout en évitant les ennuis de la bouillonnante San José. On se laisse happer par l'atmosphère chaotique de ce grand village aux rues sans nom et à l'esthétique brouillonne. Comme partout, le marché donne de la couleur à la cité, condense son caractère. Le mercado d'Alajuela est un bric-à-brac odorant, une sorte de quincaillerie gourmande où l'on se régale de ceviche d'espadon frais, de crevettes ou de poulpes, d'empanado au fromage de chèvre ou encore de gallo pinto (riz, haricots, poulet - le plat national). A quelques mètres de là, sous les clochers de l'immense cathédrale immaculée, le très charmant Parque Central, ceinturé de manguiers, se la joue bling-bling et « MTV-isé » la nuit. Vient y échouer l'écume des petits bars envahis par une faune de jeunes gens dopés au R'n'B mondialisé. Il faut dire que la culture américaine pénètre de plus en plus le pays. Le premier produit d'exportation costaricain n'est ni le café, ni les bananes, mais... les microprocesseurs. Depuis dix ans, la société Intel a installé son siège latino-américain à une dizaine de kilomètres de là. Elle emploie des milliers de personnes, plongées dans la culture anglo-saxonne au quotidien.

Bien que le marché du café ait subi des grosses secousses ces quinze dernières années, la denrée reste très précieuse dans le coeur des Costaricains. « L'âge d'or du café est à présent révolu, reconnaît Iulio, notre guide. Devenu le sixième produit d'exportation, il reste une histoire de famille. Le café, c'est sacré ! Et puis, c'est un des meilleurs au monde ! » Il faut le reconnaître, les hauts plateaux de la Vallée centrale, extrêmement fertiles, donnent des fruits d'excellente qualité. Les fincas (fermes) y sont d'ailleurs courtisées par les grands groupes de l'agroalimentaire, attirés par la qualité du terroir local. Nestlé par exemple. Via Nespresso, sa gamme premium, le géant suisse fidélise les meilleurs cultivateurs de la région.

Ces hauts plateaux constituent par ailleurs le lieu idéal pour vivre le Costa Rica profond. Notre coup de coeur : dans les environs de Cartago, au sud de San José, les routes sinueuses et les villages pittoresques de la vallée d'Orosi incarnent cette authenticité. Le village d'Orosi lui-même étant un détour obligé. Le temps semble s'être arrêté autour de la petite église San José (1743), un des rares exemples d'architecture coloniale à avoir survécu aux tremblements de terre. Enfouie dans les collines luxuriantes, Orosi vit encore au rythme de la récolte et de la pura vida.
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